Conclusion

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Depuis qu’il a été domestiqué au 4e millénaire avant notre ère, le cheval a supporté l’homme dans son parcours migratoire, dans sa soif de conquête les uns sur les autres ainsi que dans son esprit de découverte et d’aventure.

Il lui a offert un moyen de transport efficace et lui a prêté sa force et son énergie, s’adaptant, souvent en raison de croisements génétiques, au mieux de ses capacités envers les conditions de travail pour lesquelles il a été nécessité.

Récemment remplacé en grande partie par la machine, n’oublions pas que cet animal a été notre partenaire historique par excellence, et par conséquent, que nous nous devons de lui attribuer une place particulière au sein du regard que nous portons sur le passé.

Merci pour votre intérêt à tous.

Asmodean78

La civilisation de Kerma (2800 à 1500 av. J.-C.) : les animaux et les morts en Nubie

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Pour cet article, nous remonterons le temps avant l’arrivée du cheval dans la vallée du Nil et l’avènement de la XXVème dynastie, au sein de la civilisation de Kerma (2800 à 1500 av. J.-C.), dans laquelle les animaux ont joué un rôle fondamental dans les pratiques sacrificielles.

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Ce site urbain se trouve au nord de la 3e cataracte et a été fouillé depuis 1973 par l’Université de Genève sous la direction de Charles Bonnet . Les fouilles révélèrent plus de 30 000 tombeaux  comprenant ceux de particuliers et de personnages importants. Bien que le cheval n’occupait pas encore de place au sein de cette société, il semble probable, selon nous, que la sacralité attribuée au cheval à l’époque «kouchite» s’inscrit dans une tendance sacrificielle envers le monde animal qui existait déjà en Nubie, À Kerma, bien avant l’avènement de la XXVe dynastie.

Charles Bonnet

Charles Bonnet

Les fouilles sur ce site ont fortement contribué à l’essor de l’archéozoologie puisque l’on remarque une omniprésence de pratiques cultuelles liées au monde animal au sein de cette civilisation. Que ce soit par les restes alimentaires qui y furent retrouvés, les offrandes animales, l’iconographie, ou encore, par l’abondance des rîtes funéraires liés aux animaux, le site de Kerma est d’une grande richesse pour les archéozoologues qui cherchent à comprendre l’évolution des animaux-mêmes, mais aussi d’étudier leur relation dans les rîtes funéraires de cette société ancienne[1].

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Il serait trop ambitieux d’élaborer ici toutes les pratiques funéraires liées aux animaux à Kerma (nous ne possédons pas cette formation), mais nous tiendrons simplement de mentionner quelques exemples pertinents. D’abord, à Kerma, plus un personnage avait de l’importance, alors plus les sacrifices qui étaient offerts à sa mort sont diversifiés et importants en quantité. Par exemple, lors de la mort d’un personnage influent, des «barrages» de bucranes, des frontaux de bovins, sont dressés en demi-lune en direction sud à l’extérieur du tombeau[2]. Or, lorsque les rois de la XXVe dynastie sacrifièrent leurs chevaux à el-Kurru, ceux-ci avaient leurs têtes disposées vers le sud également.

Nécropole (Kerma)

Nécropole (Kerma)

Les tombeaux de chiens retrouvés en abondance à Kerma témoignent que cet animal était déjà inclus dans le mobilier funéraire des défunts: ils étaient placés aux pieds du défunt après avoir étés étranglés[3]. L’attachement particulier que portèrent les Nubiens envers leurs chiens se perpétua durant l’époque «kouchite» durant laquelle des tombeaux de chiens furent emménagés à el-Kurru et à Nuri, ce qui continua également aux époques plus tardives en Nubie.

À Kerma, les animaux sacrifiés étaient toujours déposés dans des tombeaux circulaires ou ovales, environ d’un mètre ou deux de profond[4]. Cela n’explique pas pourquoi les chevaux des rois de la XXVe dynastie furent enterrés debout à el-Kurru, mais l’on remarque que quelques tombeaux de chevaux ont cette forme ovale, comme c’est le cas pour ceux de Tamwetamani. Notons aussi que les tombeaux circulaires de chiens (Ku. 225-226) retrouvés à côté du cimetière de chevaux d’el-Kurru présentent pratiquement les mêmes dispositions qui furent utilisés à Kerma plus d’un millénaire avant la période «kouchite». Nous croyons que ces quelques exemples ont pu démontrer que certaines croyances funéraires pratiquées à Kerma se perpétuèrent au 1er millénaire au royaume de Kush.

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En ce qui concerne la relation entre le monde des morts et celui des animaux, deux hypothèses furent émises par des spécialistes de l’archéozoologie lors du colloque dʼhistoire des connaissances zoologiques qui se donna en 2000 à l’Université de Liège; D’une part, Louis Chaix suggéra l’enfouissement des animaux permettait qu’ils puissent continuer de servir leur maître après la mort, mais aussi à afficher le rang social du défunt par la richesse et la multiplicité des sacrifices et des offrandes qui étaient faites en son honneur. Pour les personnages importants de Kerma qui possèdent les plus grands tumulus: les sacrifices d’animaux sont progressivement remplacés par des humains «comme si l’inflation sociale nécessitait un changement d’espèce»[5]. D’autre part, Henri Limet, en se référant à la ville mésopotamienne d’Ur, proposa que les animaux inhumés ne correspondaient pas forcement au désir d’emporter ces «biens» vers l’autre monde, mais plutôt au souci de les conserver près de lui, non pas dans l’au-delà mais dans l’enfouissement définitif, de manière à bien séparer le monde des morts de celui des vivants[6].

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Selon nous, ces deux hypothèses peuvent s’appliquer aux chevaux des rois de la XXVe dynastie; Premièrement, rappelons que le cheval était un indicatif important qui témoignait du statut social des personnages de pouvoir (à el-Kurru, mais aussi à Méroé, Qustol, Ballana), parallèlement au rôle qu’avait atteint l’animal dans la suprématie martiale. Il s’agissait donc d’un bon moyen pour les rois nubiens d’affirmer leur pouvoir politique, économique et militaire, en érigeant une nécropole à l’honneur de cet animal prestigieux, ce que les Égyptiens avaient déjà fait d’une certaine manière en incorporant le cheval à l’iconographie royale; symbole de pérennité intemporelle en Égypte.

De plus, les rois nubiens furent les premiers à «conserver» leurs chevaux avec eux dans un type d’«enfouissement définitif»; situé non loin de leur nécropole, qui sépare le monde des vivants de celui des morts.

Nous pensons que ces quelques exemples démontrent que les pratiques funéraires concernant le monde animal à Kerma ont eu une influence sur la sacralité du cheval en Nubie aux époques ultérieures.

À venir: conclusion sur le cheval nubien…

À bientôt

Asmo78

Sites consultés pour images:

http://nubie-international.fr/accueil.php?a=page163065

http://www.dives-sur-mer.fr/Sur-les-traces-des-Pharaons-noirs,6,0,158.html

http://nubie-international.fr/accueil.php?a=page120000


[1] Louis Chaix et Patrice Méniel, Archéozoologie: Les animaux et l’archéologie, Paris, Errance, 2001, p. 194.

[2] Une sépulture d’un grand personnage à livré plus de 4300 frontaux de bovins devant sa tombe, ceux-ci ne témoignent pas de la disposition naturelle d’un troupeau, mais bien d’un rituel qui servait de façon apotropaïque à protéger le tombeau du défunt, Ibid., p. 195.

[3] Timothy Kendall, Kerma and the Kingdom of Kush: 3500-1500 BC, The archaeological survey of an ancient Nubian empire, Washington D.C., National museum of African Art, Smithsonian institution, 1997, p. 59.

[4] Ibid., p. 55.

[5] Bodson, Liliane. (éd.), «Ces animaux que l’homme choisit d’inhumer, Contribution à l’étude de la place et du rôle de l’animal dans les rites funéraires», Colloques dʼhistoire des connaissances zoologiques (2000), Liège, Université de Liège, 2004, p. 19.

[6] Ibid., p. 50.

 

Le cheval nubien selon l’apport de l’archéozoologie

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Après la découverte du cimetière de chevaux à el-Kurru en 1918, le professeur Reisner nota à partir des ossements qu’il trouva que « le cheval nubien était clairement d’une race plus petite, pas comme celle des chevaux dits arabes[1]». L’année suivante, les ossements du cimetière furent envoyés au musée de la zoologie comparative à Harvard afin qu’ils soient analysés. Le rapport de l’analyse indique que l’animal était similaire aux types de chevaux qui vivent actuellement en Europe et en Amérique qui possèdent des lignes plus fines et délicates, ce qui correspond approximativement à l’affirmation faite l’année précédente par Reisner[2].

Cependant, des analyses plus récentes menées par Sandor Bökönyi en 1986 sur deux restants de squelettes de chevaux qui proviennent d’el-Kurru qui se trouvent à l’Université Harvard démontrèrent l’opposé des analyses qui avaient étés faites avant lui. Sandor Bökönyi trouva que ces animaux étaient en fait très larges: «d’une bien plus grosse taille que le cheval moyen de type oriental à cette époque[3]», il ajouta aussi qu’il n’y a pas de preuve démontrant que ces animaux auraient étés castrés[4]. Il est intéressant de noter que la castration fait réduire la taille des animaux domestiqués[5], il semble donc que les nubiens n’utilisèrent pas cette technique selon l’archéozoologue spécialiste des chevaux.

Sándor Bököny

Sándor Bökönyi

L’hypothèse que le cheval nubien aurait été plus large à l’époque qui nous concerne peut être corroborée avec certaines sources de l’antiquité qui qualifient le cheval nubien de «grand cheval», comme c’est le cas sur la stèle de Nestasen que nous avons déjà mentionnée [6]. Les rois néo-assyriens parlent aussi du cheval nubien dans ces termes; Sargon II (721-705 avant J.-C.) relate dans ses documents qu’il reçu 12 chevaux «larges» de la part de l’Égypte, «un type de cheval qui n’existait pas dans son pays» selon lui. Par ailleurs, Assurbanipal (668-627 avant J.-C.) mentionne lui aussi des «chevaux larges» qui comptent parmi le butin qu’il remporta suite à sa conquête en Égypte qu’il mena en 663 avant J.-C.[7]

Il s’agit donc d’une espèce de cheval plus grosse et plus robuste qui fut adoptée par les Nubiens et qui en devinrent les principaux éleveurs de ce type. L’attrait opéré par les Néo-Assyriens pour le cheval de «Kush» vient probablement du fait que par sa taille plus robuste, celui-ci pouvait se prêter à la charrerie de façon efficace. Notons  que les néo-assyriens développèrent des charriots à trois passagers durant cette époque, ce qui rendait ce «cheval large» propice à être utilisé pour la guerre en Assyrie.

Bas-relief de Ninive - Mossoul, IXe siècle av. J.-C

Bas-relief de Ninive – Mossoul, IXe siècle av. J.-C.

À paraître prochainement: la sacralisation du monde animal à Kerma (2800 à 1500 av. J.-C.).

À bientôt!

Asmo78

Sites consultés pour images:

http://www.hippologie.fr/anatomie-du-cheval

http://www.mek.oszk.hu/02100/02185/html/1340.html

http://assurbanipal-banipal.blogspot.ca/


[1] Dows Dunham, The Royal Cemeteries of Kush, Cambridge (Mass), Harvard University Press, 1950, (vol. 1), p. 111.

[2] Idem.

[3] Sandor Bökönyi, «Two horses skeleton from the cemetery of el-Kurru, northern Sudan», Acta archaelogica Academie scientarum hungaricae, Budapest, 1993, vol. 45, p. 305.

[4] Ibid., p. 307.

[5] Louis Chaix, Patrice Méniel, Archéozoologie: Les animaux et l’archéologie, Paris, Errance, 2001, p. 174.

[6] Le roi nous informe qu’il monta un «Great Horse» pour se rendre à son investiture, Lisa A. Heidorn, «The horses of Kush»,  Journal of Near Eastern studies, Chicago, University of Chicago Press, 1997, vol. 56, p. 106.

[7] Cette campagne eu lieu contre Tanwetamani, le dernier roi de la XXVème dynastie, Ibid., p. 107.

Le cheval en Nubie à l’époque méroïtique…

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La fin de la XXVe dynastie…

En 671 avant J.-C., l’Assyrie lance une grande offensive contre l’Égypte et les Nubiens ne peuvent garder que la Haute Égypte. Ces derniers finissent par reculer totalement face à Assurbanipal qui sac la ville de Thèbes en 664 avant J.-C. Cependant, les Néo-Assyriens ne restent pas en Égypte, et les Saïtes vont profiter du champ libre pour finir d’expulser les Nubiens et reprendre totalement le contrôle du pays. Cela marque la fin de la XXVème dynastie nubienne et le début de la XXVIème dynastie saïte en Égypte[1].

Assurbanipal

Assurbanipal
(669 à 627 av. J.-C)

Le roi nubien Aspalta accéda au trône de Napata en 593 avant J.-C. et continua de rivaliser avec les Saïtes, mais il fut contraint de déplacer sa capitale à Méroé, une ville située entre la 5e et  6e cataracte du Nil. C’est autour de cette ville que va naître un nouveau royaume au sud de la Nubie et c’est le début le début de la période dite «méroïtique» qui connaîtra son apogée du IVème siècle avant J.-C. jusqu’au 1er siècle de notre ère environ.

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Méroé

Dès le règne d’Aspalta, l’on remarque une certaine continuité en rapport avec le thème du cheval en Nubie dans la civilisation «méroïtque», ce qui va perdurer au sein de cette société comme il en témoigne de plusieurs sources qui datent de cette période; Par exemple, une tombe de cheval datant environ du VIIème siècle avant J.-C. a été retrouvée dans le cimetière sud à Méroé, mais comme aucun objet n’a été retrouvé à l’intérieur de celle-ci cela rend la date de ce tombeau difficile à déterminer avec certitude[2].

Par ailleurs la stèle du roi napatéen Nastasen qui date de la seconde moitié du IVème millénaire avant J.-C. et qui se trouve aujourd’hui au musée du Caire (JE 4884), démontre que le roi montait lui-même son cheval nubien lors de sa cérémonie d’investiture à Gebel-Barkal. Notons aussi que plusieurs tombes royales méroïtiques qui datent du début du premier siècle ont révélé des restes de chevaux dans les escaliers qui mènent aux tombeaux. Puis, un relief dans le temple 250 à Méroé qui est daté de l’époque ptolémaïque ou romaine démontre des cavaliers nubiens armés de lances[3].

Il est intéressant de noter que la plupart des représentations iconographiques de l’époque gréco-romaine présentent généralement les populations typiquement africaines accompagnées de chevaux, soit comme cavaliers ou encore comme conducteurs de charriots[4]. Il faut donc en déduire que le cheval devint l’une des spécificités culturelles propres à la Nubie avec le temps du fait que les peuples étrangers en font eux-mêmes la liaison.

Les fouilles d’Emery…

Emery

Walter B. Emery
(1903-1971)

En 1931, l’archéologue britannique Walter B. Emery entreprit des fouilles en Basse Nubie sur le site de Qustol, situé près de la 2e cataracte de Nil et qui date d’environ du IVème au VIème siècle après J.-C. La fouille de l’un des tumuli les plus important du site révéla des éléments qui s’inscrivent en continuité avec la XXVème dynastie quant à l’importance du cheval au sein des rîtes sacrificiels des personnages importants.

La première découverte que fit Emery à Qustol qui concerne le cheval est un mors en métal dont il ignorait l’utilité au départ, croyant qu’il s’agissait de menottes de quelque sorte. Mais le jour suivant, la découverte d’un squelette de cheval lui révéla l’aspect pratique de cet objet. Plus les recherches s’approchèrent du tombeau principal et plus ils tombèrent sur des ossements d’animaux sacrifiés au passage; d’autres chevaux, mais aussi des singes et des chameaux. C’est alors qu’Emery constata que le propriétaire du tombeau apportait probablement ses animaux domestiqués dans l’au-delà pour qu’ils puissent continuer à le servir après sa mort, comme s’ils auraient attendus leur maître aux «étables» à l’extérieur de sa résidence[5]. Lorsque l’équipe d’Emery arriva dans une cour qui donnait sur la rampe menant au tombeau, elle tomba sur les ossements des chevaux favoris du défunt qui avaient étés placés devant l’accès à la rampe du tombeau. Bien que l’équipement du cheval ait évolué depuis la période «kouchite», un élément est à noter qui s’inscrit en continuité avec le cimetière de chevaux d’el-Kurru : les chevaux avaient tous étés décapités avant d’être ensevelis et leurs têtes n’ont pas étés retrouvées. Les autres tumuli qui furent fouillés à Qustol révélèrent également ce même type de sacrifice d’animaux à l’entrée des tombeaux[6].

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tumulus de tombeaux (Ballana)

L’année suivante, Emery se rendit à proximité, de l’autre côté du fleuve, pour fouiller le site de Ballana. Comme ce fut le cas à Qustol, les fouilles révélèrent de nombreux ossements de chevaux qui avaient étés sacrifiés de la même manière[7].

Les pratiques sacrificielles des rois de la XXVème dynastie en ce qui concerne les sacrifices de chevaux se perpétuèrent donc en Nubie près d’un millénaire après que la tradition fut instaurée par Piankhy à el-Kurru. L’on remarque que ces pratiques ont subsisté dans le sud de la Nubie autour du royaume de Méroé, mais aussi plus au nord comme à Qustol et à Ballana.

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au nord: Ballana et Qustol
au sud: Méroé

À paraître prochainement: l’apport de l’archéozoologie pour l’étude du cheval nubien et la sacralité du monde animal au royaume de Kerma (3e et 2e millénaire avant notre ère)…

À bientôt!

Asmo78

Sites consultés pour images:

http://www.tumblr.com/tagged/ashurbanipal

http://www.uruad.com/?tag=meroe

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[1] William Y. Adams, Nubia: corridor to Africa, Princeton (N-J), Princeton University Press, 1977, p. 266-267.

[2] Lisa A. Heidorn, «The horses of Kush»,  Journal of Near Eastern studies, Chicago, University of Chicago Press, 1997, vol. 56, p. 106.

[3] Selon S. Wenig, ces scènes dateraient plutôt du règne d’Aspalta au début du VIème siècle avant J.-C., Idem.

[4] Lisa A. Heidorn, Loc. Cit., p. 111.

[5] Walter B. Emery, Egypt in Nubia, London, Hutchinson & Co, 1965, p. 63-64.

[6] Idem.

[7] Les tombes de Ballana aussi riches qu’elles soient, le sont en fait moins que celles de Qustol puisqu’elles ne révélèrent aucunes selles ni de pièces d’harnachements pour les chevaux comme ce fut le cas de l’autre côté du Nil, W. B. Emery, Op. Cit., p. 84-85.

Le cheval de Kush dans les rangs de l’armée néo-assyrienne au 1er millénaire avant notre ère

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De même qu’en Égypte au 2e millénaire avant J.-C., les Nubiens adoptèrent l’utilisation militaire du cheval comme en témoigne les gravures faites sur roches qui furent retrouvées sur les deux rives du Nil dans les environs de Buhen; sur celles-ci, on remarque que la plupart des personnages montent individuellement leurs chevaux et combattent sur ceux-ci aux moyens de lances et d’épées [1].

Au tournant du 1er millénaire avant notre ère, la Nubie devint un important foyer d’élevage et d’expertise par rapport au maniement des chevaux. Cette spécialisation nubienne pour entraîner leurs chevaux à la guerre s’est faite de façon analogue au développement du royaume de Kush à cette même époque.

Cheval nubien reconstitué à partir d'harnachements

cheval nubien reconstitué à partir d’harnachements

Pendant le règne des rois nubiens de la XXVe dynastie, qui commence à partir de 751 avant J.-C., le cheval dit de «Kush» devint un animal prisé par les armées étrangères, notamment par celle des Néo-Assyriens, civilisation du nord de la Mésopotamie, qui l’importa en grand nombre afin de l’intégrer à sa charrerie de guerre [2].

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On trouve dans les tablettes néo-assyriennes retrouvées à Ninive (Irak) une grande quantité de références au chevaux et aux harnachements dits de «Kush» [3].

Ces tablettes indiquent que les rois néo-assyriens ont incorporé le cheval nubien dans leur armée avec certitude à partir du règne de Teglat-Phalasar III (745-727) jusqu’à celui d’Assurbanipal (669-627 av J.C.) [4].

Assurbanipal sur son cheval de guerre, palais de NInive

Assurbanipal sur son cheval de guerre, Ninive

Durant cette période, les rois de l’Assyrie eurent recours à des spécialistes nubiens de l’harnachement et du dressage des chevaux pour assurer l’efficacité de leur charrerie de guerre, dont certains purent atteindre de hauts rangs dans l’armée [5].

Comme en Égypte, on trouve sur les stèles du palais de Ninive des représentations du roi utilisant son char à la chasse, ce qui représente la mainmise du roi sur les forces indomptables de la nature.

Chasse au lion d'Assubanipal , Ninive

Chasse au lion d’Assurbanipal , Ninive

Les rois néo-assyriens employèrent les Nubiens pour élever leurs chevaux de «Kush» en Assyrie-même, ce qui permettait de constituer un bassin d’élevage, «le domaine de Kush», afin que ce type de cheval soit utilisé dans l’armée sans avoir à être importé [6].

Il s’agit donc d’une spécificité nubienne que cette appellation dite de «Kush» que prend le cheval  nubien chez les Néo-Assyriens moins d’un millénaire après son arrivée dans la vallée du Nil, un terme qui s’applique également aux types d’harnachements et aux techniques des Nubiens. Cependant, l’appellation «de Kush» sera progressivement associée au type de cheval-même (race) plutôt qu’à sa provenance directe de Nubie puisque l’animal fut importé pour être élevé à l’étranger comme ce fut le cas en Assyrie [7].

À paraître prochainement: les fouilles de W. B. Emery (1931-32) et la sacralisation du cheval à l’époque méroïtique…

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À bientôt!
Asmo78

Notes

[1] Ces images furent publiées par  Cervicek en 1974, Dale J. Osborn, Jana Osbornova, The mammals of ancient Egypt, Warminster, Aris & Phillips, 1998, p. 137.

[2] Cela à été l’hypothèse de S. M. Dalley (1993) que les Néo-Assyriens se procurèrent leurs chevaux de «Kush» par l’entremise de postes commerciaux érigés par Teglat-Phalasar III et Sargon II dans le territoire de Gaza et dans l’est de l’Égypte dans le but d’incorporer ce type de cheval à leur charrerie, à noter que les marchands assyriens sont souvent qualifiés de «horse traders», ce qu’elle mentionne pour appuyer ses propos, Lisa A. Heidorn, «The horses of Kush», Journal of Near Eastern studies, Chicago, University of Chicago Press, 1997, vol. 56, p. 109.

[3] Les références aux cheval de «Kush» dans les textes néo-assyriens ont étés dénombrés à 929 + par J. N. Postgate (Taxation and Conscription in the Assyrian Empire, 1974), Ibid., p. 108.

[4] La plus ancienne mention du cheval de «Kush» dans les sources néo-assyriennes se trouve dans l’une des listes de vins de Nimrod qui est datée de 732 av. J.-C. durant le règne de Teglat-Phalasar III, le texte mentionne des rations offertes à des étrangers qui sont aux services du roi dans la capitale, certains d’entre eux, des «kouchites», étaient affectés à l’entretien des écuries royales et à l’approvisionnement en chevaux pour le compte de l’armée néo-assyrienne, Lisa A. Heidorn, Loc. Cit., p. 108.

[5] Un document qui provient des archives royales à Ninive et qui date de quelque part entre le règne de Sargon II (722-705 av. J.-C.) et 612 av. J.-C., mentionne un «kouchite» qui tient le prestigieux poste militaire de «chariot driver of the Prefect of the Land» en Assyrie, Idem.

[6] Un rapport de Ninive qui concerne les chevaux du palais  présente un ordre du roi assyrien qui fait la mention d’un «établissement de Kush», ce qui aurait été un endroit spécialisé pour entretenir les chevaux de l’armée, ce «domaine» était probablement situé non loin de la ville et tenu par des Nubiens qui y vivaient en permanence (Dalley), Ibid., p. 110.

[7] Bien que le cheval de «Kush» soit celui qui est associé à la Nubie, Postgate indique tout de même que : «cela n’implique pas que tous les chevaux de ce type étaient forcement élevés en Nubie, tout comme aujourd’hui les chevaux «arabes» ne proviennent pas tous directement de l’Arabie», Lisa A. Heidorn, Loc. Cit., p. 109.

Sites consultés pour images:

http://bourlon.unblog.fr/tag/soldats-assyriens

www.unites.uqam.ca

http://antikforever.com/Mesopotamie/Assyrie/apogee_chute.htm

http://www.jbwhips.com/spip.php?page=imprimer&id_article=385

Le cimetière de chevaux des rois de la XXVe dynastie à el-Kurru (Soudan)

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En 1918, les fouilles entreprises au Soudan par l’Université Harvard en collaboration avec le Boston Museum of Fine Arts, sous la direction de George A. Reisner, révélèrent à proximité de la nécropole royale d’el-Kurru un sanctuaire tout à fait inusité. Situé à 120 mètres au nord-ouest des tombeaux Ku. 51 à Ku. 55 attribués au règne de Piankhy, se trouve une nécropole destinée aux chevaux des rois de la XXVème dynastie. Lorsque ce cimetière fut découvert en 1918, il avait déjà été pillé en grande partie[1].

Il s’agit de 24 tombeaux qui sont répartis en 4 rangées, dont les 2 qui se trouvent aux extrémités ont 4 tombeaux chacune, tandis que celles du centre en ont 8 chacune. À noter que deux plus petits tombeaux circulaires furent également retrouvés à proximité de cette nécropole, dont l’un comportait des ossement de chiens[2]. Les 24 tombeaux sont disposés à distances quasiment égales l’un de l’autre et ils ont tous la particularité que les animaux étaient enterrés debout avec la tête orientée vers le sud.

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La disposition des tombes varie d’une rangée à l’autre et sensiblement d’un tombeau à l’autre également. La première rangée à partir du nord-ouest présente des tombeaux plus détaillés, ceux-ci comportent des «entailles» faites pour ancrer les jambes du cheval et un endroit surélevé pour supporter le ventre et le cou de l’animal. La deuxième rangée présente des tombeaux moins élaborés; ceux-ci sont moins profonds et un seul d’entre eux possède le support pour le ventre et le cou du cheval. Les tombeaux de la troisième rangée sont plus profonds et la forme carré est mieux définie, mais il n’y a pas de support pour emménager l’animal dans ceux-ci. Puis, la dernière rangée est similaire à la précédente, mais les tombeaux sont d’une forme plus ovale[3].

Cimetière de chevaux des rois de la XXVème (exposé 3)

Attribution des rangées (de gauche à droite): chevaux de Piankhy, Shabaka, Shebitku et Tanwetamani.

Dans ses notes sur l’expédition archéologique au Soudan (1918-1919), parue en 1920, le professeur Reisner présente quelques hypothèses qui sont toujours admises de manière générale; En ce qui concerne l’emplacement du cimetière, Reisner suggère que puisqu’il se trouve en axe avec le groupe de tombeaux attribués au règne de Piankhy, les chevaux royaux auraient étés sacrifiés lors de funérailles rendues en l’honneur du roi défunt[4].

Par ailleurs, l’attribution des rangées mêmes n’est pas absolue puisque seulement celles du centre ont pu êtres attribuées efficacement grâce à des amulettes comprenant les cartouches de rois qui furent retrouvées dans ceux-ci. Ceux-ci permirent d’attribuer la seconde rangée à partir du nord-ouest aux chevaux de Shabaka, tandis que celle qui lui succède comportait ceux de Shebitku. Pour ce qui est des deux autres rangées qui se trouvent aux extrémités du cimetière, l’absence d’objets permettant de les attribuer à un roi en particulier fait que leurs datations demeurent une incertitude.

George A. Reisner (1988-1920)

George A. Reisner
(1867-1942)

Voici l’explication de Reisner quant aux rois qui y firent enterrés leurs chevaux dans ces rangées anonymes;

La première rangée à partir du nord-ouest qui comporte les tombeaux Ku. 221 à Ku. 224 à été attribuée aux chevaux de Piankhy. Le fait que ce dernier soit le premier roi de la XXVème dynastie à se faire enterrer à el-Kurru et que le cimetière se trouve à proximité des tombeaux qui datent de son règne laisse supposer qu’il aurait été le premier à faire sacrifier ses chevaux à cet endroit. L’appréciation démontrée par Piankhy envers les chevaux sur la stèle dite «de la victoire» et sur la scène iconographique qu’il fit produire dans le temple de Gebel-Barkal, sont deux éléments qui appuient la théorie que ce roi aurait été l’instigateur de cette tradition à el-Kurru. L’attribution de cette rangée à Piankhy ne fait aucun doute selon le professeur Reisner[5].

Pour ce qui est de la quatrième rangée qui comporte les tombeaux Ku. 217 à Ku. 220, aucun objet retrouvé n’a permis d’attribuer ces tombeaux de façon adéquate non plus. Par contre, cela ne fait pas plus de doute pour Reisner, ces tombeaux sont ceux des chevaux de Tanwetamani puisqu’il est le dernier roi de la XXVème dynastie à se faire enterrer à el-Kurru. Donc, chacun des 4 rois qui ont leurs sépultures dans cette nécropole auraient tous fait sacrifier leurs chevaux à cet endroit. Cependant le règne de Taharqa est antérieur à celui de Tanwetanami, mais Taharqa s’est fait enterré dans sa pyramide à Nuri où aucune sépulture de cheval n’a été découverte[6]. Il semble donc logique que le  prochain roi à être enterré à el-Kurru, en l’occurrence Tanwetamani, aurait perpétué la tradition qui aurait possiblement débutée suite au règne Piankhy.

Toutefois, il ne faut pas penser pour autant que Taharqa aurait dénigré le cheval en quelque sorte puisque cet animal est représenté dans le temple de Kawa qui date de son règne où l’on remarque qu’il est monté par un cavalier qui possède une sorte de «chapeau de soleil»[7].

Comme nous l’avons mentionné auparavant, le contenu des tombeaux avait déjà été pillé en abondance avant la découverte du cimetière en 1918. Les restes d’harnachements des chevaux royaux furent retrouvés majoritairement dans les rangées du centre, qui sont les plus «riches» en vestiges archéologiques et en ossements. L’équipement retrouvé ainsi que les amulettes ont laissés suggérés au professeur B. G. Trigger qu’il s’agit ici d’équipes de chevaux destinés aux chars royaux[8]. Le nombre pair de tombeaux vient appuyer cette théorie.

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Harnachement de cheval nubien de l’époque kouchite, Museum of Fine Arts (Boston)

Il est intéressant de noter que parmi les restes d’ossements de chevaux qui furent retrouvés dans les tombeaux Ku. 201 à Ku. 224, dont la majorité des squelettes avaient déjà complètement disparus, aucun crâne de cheval n’a été découvert. Cela laisse supposer que ces chevaux auraient étés décapités au moment du sacrifice royal préalablement à leur inhumation[9]. Bien que cette hypothèse semble plausible à première vue, il ne faut pas écarter le fait que ces tombeaux ont étés pillés abondamment avant d’êtres découverts, ce qui fait que les crânes de chevaux auraient pus être enlevés par les pillards pour une raison quelconque.

Pour conclure à propos du cimetière #200 d’el-Kurru, nous dirons qu’il s’agit d’une source primaire qui est en grande partie lacunaire à cause du pillage des tombeaux. Cela implique que les hypothèses que nous venons présenter, qui sont pour la plupart bien fondées, ne peuvent pas vraiment être confirmées non plus. En somme, la disposition du cimetière tel que nous l’avons présentée n’est pas une certitude absolue.

Toutefois, l’idée de faire enterrer leurs chevaux debout dans une nécropole est une spécificité propre aux rois de la XXVème dynastie. C’est ainsi que commence une importante forme de sacralisation envers cet animal en Nubie, qui selon nous, trouve son origine profonde durant la période dite «kouchite» à partir du règne de Piankhy. Nous verrons que le cheval continuera d’être incorporé au mobilier funéraire des hauts personnages nubiens à l’époque de Méroé.

À paraître prochainement: le cheval de Kush à l’emploi de l’armée néo-assyrienne au 1er millénaire avant notre ère…

À bientôt!

Asmo78


[1] George A. Reisner, «Note on the Harvard-Boston excavations at el-Kurruw and Barkal in 1918-1919», Journal of Egyptian Archaeology, London, 1920, vol. 6, no. 1, p. 64.

[2] Il s’agit des tombeaux Ku. 225 et 226 qui ont étés retrouvés juste à l’extérieur du cimetière 200 destinés aux chevaux, l’autre tombeau circulaire retrouvé vide comportait probablement la dépouille d’un autre chien, Dows Dunham, The Royal Cemeteries of Kush, Cambridge (Mass), Harvard University Press, 1950, (vol. 1), p. 110.

[3] Ibid., p. 110-117.

[4] George A. Reisner, Loc. Cit., p. 64.

[5] «It is clear that row four is to be assigned to Tanutaman (Tanwetmani) and row one to Piankhy», Idem.

[6] Lisa A. Heidorn, Loc. Cit., p. 106.

[7] Idem.

[8] C’est ce que suppose B. G. Trigger dans son article «History and Settlement in Lower Nubie», Yale University Publications in Anthropology, 1965, no. 69, p. 129-130., dans, William Y. Adams, Op. Cit., p. 283.

[9] Le fait qu’aucune pièce d’équipement relié directement à la tête du cheval ne fut retrouvée dans le cimetière, comme des brides par exemple, à l’exception du tombeau Ku. 219 attribué au règne de Tanwetamani dans lequel il y avait des restants de bride, a fait suggérer à l’auteur que les chevaux auraient étés décapités avant leurs enterrements, Dows Dunham, Op. Cit., p. 111.

Sites consultés pour images:

http://ancienegypte.fr/musee_nubie/page13.htm

www.gizapyramids.org

nok-ind.tumblr.com

http://defend.rssing.com/chan-1231944/all_p40.html

Piankhy aimait les chevaux…

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En l’an 747 avant J.-C., Piankhy, fils de Kashta, devint roi du royaume de Napata. En l’an 21 de son règne, il repoussa l’invasion libyenne menée par le prince Tefnakht de Saïs, qui s’en allait marcher au sud contre Thèbes. Durant sa campagne, le roi nubien s’est présenté comme le champion de la tradition égyptienne contre l’usurpation libyenne. Sa victoire contre Tefnakht lui apporta la légitimité de prétendre à la couronne égyptienne comme restaurateur de l’Égypte suite à cette période trouble, caractérisée par une dislocation du pouvoir central au profit des princes libyens[1].

Pour légitimer son pouvoir sur l’Égypte, Piankhy s’est fait représenter aux Égyptiens comme l’un des leurs; héritier et porteur de la tradition ancestrale, comme en témoigne la stèle dite «de la victoire» que Piankhy a fait ériger au temple d’Amon de Napata à Gebel-Barkal, temple qu’il fit construire à son retour en Nubie après avoir « libéré » l’Égypte[2].

stèle de Piankhy

Cette stèle fut découverte en 1863 et se trouve aujourd’hui au musée du Caire. Le texte raconte en détails la conquête de l’Égypte par Piankhy. On y voit sur la partie supérieure le roi recevoir un cheval en tribut.

détails du haut de la stèle de Piankhy

détails du haut de la stèle de Piankhy

Mais le texte-même, gravé en hiéroglyphe, témoigne de l’appréciation qu’avait le roi nubien pour les chevaux et leur bon traitement; notamment dans le passage qui raconte l’entrée de Piankhy dans Hermopolis suite à sa victoire contre le roi Nemrod :

«Sa Majesté se rendit aux écuries des chevaux et aux étables des coursiers. Elle vit qu’ils étaient […..] affamés et dit : Aussi vrai que je vis et que Ré m’aime, aussi vrai que mon nez est florissant de vie, il m’est plus douloureux de voir affamer mes chevaux que tous les crimes que tu as commis. Ne fanfaronne pas! La peur que tu inspire à tes voisins témoigne pour moi de toi!»[3]

Dans cet extrait, Piankhy est consterné de voir les chevaux de l’écurie royale d’Hermopolis manquer de nourriture, mais il y a derrière cela une symbolique plus profonde; la malnutrition des chevaux qui se trouvent dans les écuries de Nemrod témoigne d’un désordre en Égypte qui sera réparé par le roi nubien.

C’est aussi pour dénigrer son rival que Piankhy relate ainsi de l’état des écuries du roi libyen; la condition des écuries royales constituait un indicatif de la puissance militaire d’un roi puisque le char, comme nous l’avons vu,  était l’engin de guerre le plus efficace à cette époque.

Un autre passage de la stèle qui porte sur la prise de Memphis démontre que le roi nubien montait lui-même à dos de cheval quand il désirait délaisser son char pour quelques temps :

«il monta à cheval sans demander son char et descendit vers le Nord…»[4]

Piankhy appréciait tellement les chevaux qu’il les fit représenter sur une scène du temple de Gebel-Barkal où l’on remarque que les chevaux sont tenus par les brides par des individus qui semblent les entretenir de façon à vouloir les mener vers une étable ou ailleurs[5]. Cette scène est une spécificité nubienne puisqu’elle représente des chevaux en dehors d’un contexte militaire ou de chasse comme ce fut le cas précédemment en Égypte.

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scène d’acheminement des chevaux à Gebel-Barkal

Le cheval dans les rites funéraires des rois nubiens…

Les premières tombes «kouchites» de personnages importants qui datent d’environ 860 avant J.-C. à el-Kurru, soit quelques générations avant l’avènement de la XXVe dynastie, démontrent que le cheval avait déjà possiblement une importance au sein des rites funéraires de cette société avant le règne de Piankhy; l’on  remarque que le mur d’adossement d’une chapelle est faite en forme de fer à cheval sur l’un des plus anciens mastabas du site[6].

Toutefois, même s’il s’agissait d’une tradition qui existait déjà en Nubie, Piankhy va en accroître la symbolique en faisant sacrifier ses chevaux après sa mort pour les emporter avec lui dans l’au-delà et en leur dédiant un sanctuaire à proximité de son tombeau, une pratique qui se perpétuera avec ses successeurs.

el-Kurru

nécropole royale de la XXVe dynastie
el-Kurru (Soudan)

Notons que les sacrifices d’animaux étaient déjà fortement liés au rang social des individus en Nubie, ce qui fait que les rois tenaient à faire perdurer leur statut suite à leur départ du monde des vivants[7]. Piankhy décida d’incorporer le cheval au vaste mobilier funéraire que possédaient déjà traditionnellement les personnages influents de la Nubie, ce qui comprenait: chiens, moutons, offrandes animales, ossements d’animaux ainsi que des serviteurs humains. Nous reviendrons sur la fonction des sacrifices en Nubie lorsque nous aborderons la civilisation de Kerma (-2800 à -1500), qui par ses traditions funéraires liées monde animal laissa une influence sur la civilisation de Kush et de Méroé au millénaire suivant.

Kerma

Kerma

Dans ce contexte, Piankhy a offert une place particulière à l’animal qui l’avait secondé dans sa conquête de l’Égypte et auquel il s’était attaché ; en le faisant représenter sur sa stèle, au temple d’Amon de Napata et en créant un cimetière en l’honneur de ses chevaux de char.

Cette préoccupation à propos des chevaux instituée par Piankhy est un thème qui, avec l’avènement de la XXVème dynastie, «deviendra récurrent en histoire de la Nubie jusqu’à la fin du Moyen Age»[8].

À paraître prochainement:

Le cimetière de chevaux des rois de la XXVème dynastie à el-Kurru (Soudan)…

À bientôt!

Asmo78


[1] Bruce G. Trigger, Nubia, London, Thames and Hudson, 1976, p. 145.

[2] Piankhy avait le support de clergé de Thèbes dans sa conquête qui peut être perçue comme une restauration de l’Égypte plutôt qu’une conquête nubienne, il est probable que plusieurs Égyptiens la percevait ainsi, W. B. Emery, Egypt in Nubia, London, Hutchinson & Co, 1965, p. 216.

[3] N.-C. Grimal, Études sur la propagande royale égyptienne I : La stèle triomphale de Pi(‘ankh)y au musée du Caire, JE 48862 et 47086-47089, MIFAO 105, Le Caire, Institut française d’archéologie orientale (collection : mémoires publiés par les membres de l’institut française d’archéologie orientale du Caire), 1981, p. 68.

[4] Ibid., p. 98.

[5] Voir Dows Dunham, The Barkal Temples (Boston 1970), image 50, dans, Lisa A. Heidorn, «The horses of Kush»,  Journal of Near Eastern studies, Chicago, University of Chicago Press, 1997, vol. 56, p. 106.

[6] Les rois nubiens qui se firent enterrés à el-Kurru érigèrent leurs tombeaux par-dessus ceux des premiers personnages enterrés à cet endroit, William Y. Adams, Nubia : corridor to Africa, Princeton (N-J), Princeton University Press, 1977, p. 282.

[7] Chaix, L., «Les animaux et les morts à Kerma (Soudan) entre 2500 et 1500 avant J.-C. Faits archéologiques et interprétations», dans, BODSON, L. (éd.), «Ces animaux que l’homme choisit d’inhumer, Contribution à l’étude de la place et du rôle de l’animal dans les rites funéraires», Colloques dʼhistoire des connaissances zoologiques (2000), Liège, Université de Liège, 2004,  p. 17.

[8] William Y. Adams, Nubia: corridor to Africa, Princeton (N-J), Princeton University Press, 1977, p. 283.

Sites consultés pour images:

http://les2sites.fr/Nubie/Nubie.htm

http://labalancedes2terres.free.fr/spip.php?article186

http://www.ddchampo.com/topic11324.html

http://http://www.aime-free.com

http://www.jardinsdisis.org/LES-ROYAUMES-DE-NUBIE-2.html

http://www.ancientsudan.org/dailylife_03_transportation.html

http://www.panoramio.com